Charogne
De la dictature de la rondeur.

          Oui, oui, vous avez bien lu. Depuis longtemps, beaucoup ont la tartuferie de dénoncer “la dictature de la minceur” et ma thèse dans ce billet sera qu’au contraire, on est en train d’installer ce que j’appellerais une nouvelle dictature de la rondeur, aussi délétère que la première.

          Ceux qui me connaissent savent que la question du poids a toujours été importante à mes yeux, et je me suis déjà exprimée par-ci par-là dans des forums à ce sujet, mais j’aimerais récapituler tout ce que j’ai à en dire sur les plans personnel et collectif/militant.

          Car je l’ai lu une fois de trop. Merci Flair l’hebdo (avril 2011). Je l’ai lu depuis mon bus qui passait devant une librairie, et cela m’a fait mal, tout simplement.

“Les courbes qui affolent les hommes”. Jusque là, ça ne me pose aucun problème, c’est bien de médiatiser d’autres silhouettes. Mais là où cela me chiffonne, c’est que ce genre de discours pseudo-humaniste est très souvent suivi de près par son pendant haineux, le fameux “A bas les sacs d’os”. Un petit exemple croustillant tiré du ô combien hautement intellectuel forum d’Au-féminin.com : 



          Sacrée Viviane ! Notez la comparaison filles minces de notre époque/gens dans les camps, totalement irrespectueuse envers les gens qui ont vécu l’enfer des camps, car les comparer à des filles d’aujourd’hui, c’est-à-dire libres et qui ne crèvent pas la dalle, c’est minimiser ce qu’ils ont vécu, non ? Encore une fois, derrière “la bonne parole” se cachent des propos haineux et même, dans ce cas d’école, un bon vieux relent d’antisémitisme.

        Mais je m’égare ! Pas besoin de multiplier les exemples, vous voyez de quels discours je veux parler. Ceux qui, pour décomplexer une partie de la population, ressentent obligatoirement la nécessité de descendre en flèche l’autre moitié. Sans se soucier des possibles sentiments de celle-ci, la fille mince étant souvent vue comme chanceuse, donc forcément heureuse de son sort.

          Or, comme je le disais en introduction, cette propagande qui consiste à dire que “LES HOMMES” (oui, vous avez remarqué, ces gens parlent toujours au nom de la Terre entière ^^’) préfèrent les rondes et ne veulent pas d’un sac d’os, peut avoir des effets dévastateurs.

          Et là je parle pour moi, mais je sais que je ne suis pas la seule. “La fille mince”, au bout d’un moment, cela lui fout le doute, elle se contorsionne devant le miroir pour inspecter avec horreur ses côtes (comme d’autres le font avec leurs bourrelets, vous sentez un parallèle se profiler ?), elle flippe, elle chiale et elle a peur que son mec se barre avec une grosse (tout comme les grosses ont peur que leur mec se…mais quelle symétrie !). Tout ce que ces beaux discours bien-pensants vont réussir à faire, c’est à complexer les DEUX moitiés de la population féminine. Et à les forcer à se jauger constamment et à se monter l’une contre l’autre. Ça tombe bien, c’est ce que les hommes cherchent, car tant que nous sommes en compétition mesdames, nous nous tartinerons d’anti-rides et irons à la salle trois fois/semaine pendant que monsieur entretient son pot de Nutella familial devant la télé, vu que ces messieurs ont au moins eu l’intelligence de ne pas se laisser niquer l’égo comme nous !

        Woops, excusez-moi, c’était ma partie féministe qui venait rajouter son grain de sel ! *l’enferme dans le placard* Où en étais-je ? Ah oui, le deuxième effet délétère de cette dictature de la rondeur : renforcer la pro-anorexie, probablement ^^ ! Je m’explique : qui montre-t-on souvent du doigt quand il s’agit de trouver un bouc-émissaire concernant les comportements pro-anas ? Les magazines de mode, bien sûr ; c’est tellement facile d’attaquer une institution sans visage. Or, je vous l’apprendrai peut-être, c’est un préjugé. On devient rarement anorexique par envie de ressembler aux tops. Bien souvent même, l’élément déclencheur se trouve…dans l’entourage proche. La cellule familiale. Et ça, bizarrement, on est moins prompts à l’attaquer, car il s’agit de nous tous et donc de nous-même aussi.

          Traduction : les médias peuvent retourner leur veste et faire l’apologie des rondeurs autant qu’ils le souhaitent, le ver est dans le fruit. Et il ne vient pas des pages glacées de Cosmo. Les pro-anas ne changeront donc pas leur comportement en son nom, et elles auront même probablement une sensation de rejet de type : “Quelle horreur, je ne veux pas ressembler à ça !” car elles n’ont pas la notion de nuance. Elles ne font pas la différence entre une fille légèrement ronde et une fille atteinte d’obésité morbide. Pour elles, trop c’est trop, et vous pouvez leur montrer les top models rondes les mieux dans leur peau qui soient, vous allez juste aggraver leur cas.

          En fait, j’écris ce billet pour dire qu’il faudrait arrêter d’en parler, je sais que c’est contradictoire. Mais la petite fille qui a toujours été naturellement trop maigre en moi, celle qu’on envoyait au tableau noir en cours de biologie “pour qu’on voit bien les clavicules”, ce à quoi les autres enfants répliquaient “BEEEEEEEEEEEERK !!!”, celle qu’on laissait jouer à “Action ou vérité” parce qu’elle constituait le gage, celle qui n’en peut plus qu’on lui dise “Jte déteste t’as de la chance tu peux mettre ce que tu veux !”, cette gamine vous demande une chose : CHOISISSEZ VOS MOTS. Il est POSSIBLE de faire l’apologie de toutes les silhouettes sans tomber dans la discrimination. Dove l’a très bien compris avec sa “Campagne pour toutes les beautés” (qui va sûrement lui ramener de grosses parts de marché vu qu’ils sont pionniers en la matière, donc vraiment tout le monde y gagne) :

          Pour une fois, regardez-vous le nombril. Demandez-vous quel poids VOUS avez envie de peser, et tentez de l’atteindre ou ne faites rien, mais cessez de vouloir dicter ce qui serait la norme et de vous laisser influencer par les autres prédicateurs. Trouvez-vous un homme ou une femme qui vous adorera telle que vous êtes, il n’y a rien de tel pour booster l’égo que d’être convaincue qu’on est désirée, occupez-vous de VOTRE cul, et les moutons seront bien gardés.

           Et rappelez-vous :



       


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